Jeudi 7 mai 2009, 15h37,
Conservatoire de Paris, Salle 1,
Il ne me reste que trois minutes pour me préparer. Trois minuscules minutes et mon destin sera entre leurs mains. Je devrai me concentrer, ne plus penser, entrer dans ma bulle tel dirait mon professeur.
Évidemment je devrais et pourtant, agrippé à mon instrument comme si ma vie en dépendait, je ne peux penser autre chose que ce que ma fiancée m'a annoncé quelques instants auparavant.
Deux minutes, je ne suis pas prêt. J'avance pourtant vers la porte qui donnera accès à la scène. À partir de cet instant, je devrais faire mes preuves durant cinq minutes devant un jury impartial.
Je me rappelle les conseils de mon enseignant, n'écoute et ne regarde personne. Ne prête pas d'attention aux personnes qui pourraient te faire douter. Pourquoi n'avait-il pas dit aussi bien ta fiancée qu'un inconnu? Tout serait plus aisé.
Dernière minute. Le responsable prononce mon nom, me dit de le suivre, de me positionner ici, de me préparer et d'attendre que le rideau se lève. Il me souhaite bonne chance et s'en va. Alors, je m'exécute, j'ouvre l'étui, dépose ma partition sur le pupitre, attrape mon violon et mon archet. Je suis prêt.
Le rideau se lève, apparaît alors trois personnes composant le jury, je reconnais le directeur du conservatoire, notre professeur de classique et un compositeur célèbre. Ils me saluent, se présentent et me demande de faire de même. Je m'exécute. Je peux commencer, j'ajuste mon violon à mon bras et je joue.
Aux premières notes je suis timide, surement porté par le stress je joue doucement, puis petit à petit je prends confiance et le rythme s'accélère, alors je suis envoûté, je n'entends plus le son de mon violon, je ne me rends plus compte des mouvements de mon bras, je ne vois plus les personnes en face de moi.
Seules, viennent à mon esprit des images de ma fiancée et moi, des moments de notre vie. Nous deux à la fête foraine, nous deux au centre commercial, nous deux enlacés....
Le rythme ralentit et je la revois, Elle, m'annonçant qu'elle était enceinte. Elle, des larmes de bonheurs au coin de l'½il. Elle, si lumineuse et rayonnante. Elle, pleine de vie qui porte aujourd'hui une partie de nous, le fruit de notre amour.
Je lève alors la tête et je la vois, je n'ai d'yeux plus que pour elle, je sais alors que mon destin n'est désormais plus entre leurs mains, mais dans le creux des siennes. Je sais à présent qu'elle est ma décision, je sais à cet instant que je suis prêt, oui aujourd'hui je suis prêt, à être père.
Je termine cette mélodie en pensant à mon enfant, à ce petit être qui n'existe pas encore, mais qui est si important à ce moment. Je remercie le jury, range mon violon et quitte la pièce satisfait. Je ne sais pas encore quel sera mon sort, mais je peux affirmer que mon avenir est auprès de mon enfant et de ma fiancée...